Cette conférence, tenue à l’Université Permanente le 25 mars 2026, a été l’occasion pour Verónica Calvo Valenzuela, résidente de la chaire « Habiter au prisme des limites planétaires », d’éclairer les problématiques et les enjeux qui structurent ses recherches, tout en partageant sa manière singulière de penser l’habitabilité. Elle y retrace la genèse et le cheminement de son travail, des Andes boliviennes à Nantes, dans une démarche à la fois interdisciplinaire et interculturelle, au croisement de la biogéochimie, de la géographie et de la socio-anthropologie. Elle permet ainsi d’approfondir la compréhension de son terrain de recherche initial, des cadres théoriques qui structurent sa réflexion et de sa pratique actuelle des ateliers « Où atterrir ? ».
Zone critique et habitabilité
Verónica inscrit son travail dans le champ de la Zone critique, un système allant des roches mères à la basse atmosphère, au croisement de l’hydrologie, de l’écologie et de la biogéochimie. Elle rappelle le développement de ce champ, des premiers observatoires américains au réseau français OZCAR, et met en avant la coexistence d’échelles de temps très contrastées, entre processus lents de formation des sols et dynamiques rapides.
Elle souligne aussi que cette zone est aujourd’hui perturbée par les activités humaines, ce qui déséquilibre les cycles chimiques et interroge l’habitabilité à l’échelle planétaire. Son propos s’ancre en Amazonie, région à la fois vaste et culturellement diverse, et s’appuie sur des références comme une tribune de la revue Science appelant à une « indigénisation » de la conservation, ainsi que sur l’ouvrage Futuro Ancestral d’Ailton Krenak, qui invite à penser les futurs à partir des héritages du passé.
Tarabuco comme territoire de recherche
Veronica présente son terrain à Tarabuco, dans les Andes, un territoire marqué par la coexistence de plusieurs groupes et par une tentative d’autonomie politique lancée en 2010. Malgré un référendum favorable, le projet échoue à cause de désaccords internes sur la manière de se définir collectivement.
Face à cela, elle adopte une autre approche, fondée sur la photographie et l’échange, permettant aux habitants de se décrire selon leurs propres termes. Cette démarche révèle une vision du monde basée sur la réciprocité entre humains et non-humains, et l’amène à repenser l’habitabilité, non plus comme le fait d’occuper un territoire, mais d’en faire partie, remettant en question les responsabilités humaines à l’ère de l’Anthropocène.
Photographie prise par un Tarabuqueño d'autres habitants dans un champ agricole.
Trame du projet "Où atterrir?" et ateliers
Veronica a fait ensuite le lien avec l’Europe, en s’appuyant sur les travaux de Bruno Latour, notamment Face à Gaïa et Où atterrir ?. Elle y voit une manière de faire entrer la Terre en politique et de repenser notre rapport aux territoires, notamment à travers l’écriture et la description de nos attachements. Elle a ainsi développé un projet de recherche-action basé sur des exercices de description et de discernement. L’idée est que mieux identifier ce à quoi nous tenons permet à la fois de défendre certains éléments et d’en abandonner d’autres.
Elle a présenté les exercices menés avec une dizaine de participants :
- Tenir un carnet ethnographique de ses pratiques quotidiennes, en partant du principe que « c’est par l’habitude qu’on habite un territoire »
- Identifier des perturbations ou des dysfonctionnements
- Repérer des « entités précieuses » à protéger, qui ne sont pas nécessairement humaines mais envers lesquelles on développe un attachement
À travers ces pratiques, elle cherche à : mettre en évidence les relations entre humains et non-humains, trouver des points d’ancrage en Europe pour des pratiques observées dans les Andes, faire dialoguer les différentes dimensions de l’habitabilité et imaginer une habitabilité à la fois interculturelle et interdisciplinaire.