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Entretien #134 avec Sofian Merabet
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Projet de recherche : Au-delà des frontières du plaisir et de la violence : une nouvelle histoire sociale de la sexualité à Beyrouth Ce projet interdisciplinaire se concentre sur l’ancien Hôtel Carlton à Beyrouth, lieu central de plaisir et de violence dans la capitale libanaise pendant près de cinquante ans. D’un point de vue méthodologique, le projet s’appuie sur l’anthropologie, l’histoire et la littérature. Le projet est une biographie partiellement romancée du Carlton qui est basée sur l’examen des dossiers administratifs et personnels ainsi que sur des entretiens ethnographiques. Cette approche permet une évaluation de l’hôtel d’un point de vue intime, destinée à fournir une nouvelle histoire sociale de la sexualité au Liban qui prête une attention particulière aux constituants sociaux, politiques et religieux de la capitale du pays. Biographie Formé en anthropologie socioculturelle, Sofiane Merabet est spécialiste du Moyen-Orient moderne (en particulier du Liban et de la Syrie) et du monde musulman dans son ensemble, y compris les communautés d’immigrés musulmans en Europe et la diaspora arabe en Amérique du Sud (notamment en Argentine). Sa recherche interdisciplinaire analyse la géographie humaine des formations d’identité queer et la production sociale de l’espace queer, en tant que caractéristiques constitutives des relations de classe, de religion et de genre. Ses recherches s’appuient sur des méthodes et des approches comparatives allant de l’histoire religieuse et culturelle à la politique de la sexualité. Après l’obtention d’un doctorat en anthropologie de l’Université de Columbia à New York, Sofian Merabet a enseigné à l’Université Américaine de Beyrouth, à l’Université de Louisville et à l’Université de New York. Depuis 2009, il est membre du Département d’anthropologie de l’Université du Texas à Austin.
Entretien #142 avec Griselda Gaiada
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Projet de recherche : Leibniz et le « problème philosophique de la guerre » La recherche portera sur les deux principaux courants de la philosophie de la guerre, à savoir la théorie de la guerre juste et la théorie de la guerre-source. À rebours de la théorie selon laquelle la guerre fonde le droit, le but de cette recherche est de reprendre la réflexion moderne sur la justification de la guerre, plus particulièrement sur certains outils conceptuels qui découlent de la pensée de Leibniz, afin d’envisager certains problèmes contemporains. Dans ce cadre, trois genres de guerre seront envisagés : la guerre entre États, l’intervention humanitaire armée et le terrorisme. La puissance de la pensée de Leibniz s’avère particulièrement utile : premièrement, sa distinction des trois degrés du droit naturel (surtout le droit strict et l’équité) permet de trouver des critères pour justifier ou pour condamner certaines guerres ; deuxièmement, sa réflexion sur les modalités déontiques permet d’établir un schéma formel pour classer les conflits entre guerres justifiables, injustifiées, justifiées et non obligatoires. Biographie Griselda Gaiada est docteure en philosophie de l’Université Nationale de La Plata (UNLP), Argentine. Elle travaille comme Ayudante Diplomado Ordinario en épistémologie à la Faculté de psychologie de l’UNLP. Elle est chercheuse associée au Centre d’histoire des systèmes de pensée moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et au Centre de recherche en philosophie à Buenos Aires. Ses recherches abordent des sujets métaphysiques, épistémologiques, juridiques et moraux de la pensée moderne et contemporaine, et portent un intérêt particulier à la pensée de Leibniz. Auteure de plusieurs articles, recensions et traductions, Griselda Gaiada a récemment publié un livre intitulé Deo volente. El estatus de la voluntad divina en la Teodicea de Leibniz (Comares, 2015). En juillet 2016, sa thèse de doctorat a reçu le prix “VGH für hervorragende Leibniz-dissertationen”, attribué par l’Université Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre et la Gottfried-Wilhelm-Leibniz-Gesellschaft.
Entretien #140 avec Céline Badiane-Labrune
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Projet de recherche : Présences antillaises et guyanaises au Sénégal depuis la fin du XIXème siècle La colonisation française, la coopération et les politiques d’accueil de la diaspora noire mises en place par les États africains indépendants ont créé des opportunités de rencontre en Afrique et des liens spécifiques entre Antillais, Guyanais et Africains aux époques coloniale et post-coloniale. Ce projet de recherche amène à reconstituer des trajectoires, à restituer la diversité des expériences des Antillais et des Guyanais au Sénégal et ainsi de montrer la complexité de leur rapport à l’Afrique et de l’historiciser. Il s’agit d’analyser les représentations qu’ils ont de l’Afrique, leurs motivations, les cadres institutionnels et politiques de leurs mobilités sur la longue durée, les modes de vie, les pratiques culturelles sur place et à leur retour, leurs perceptions par les Sénégalais, l’impact de leurs expériences sur la façon dont ils se définissent, compte-tenu du poids des représentations qui pèsent sur eux et des identités qui leur sont assignées. L’objectif est ainsi d’analyser les constructions, les dynamiques et les stratégies identitaires en contextes post-esclavagiste, colonial et postcolonial, la manière dont se fabriquent et se recomposent les identités, ainsi que les usages politiques et sociaux qu’en font les acteurs dans l’Atlantique noir francophone. Biographie Titulaire d’un doctorat d’histoire de l’Université Paris VII soutenu en 2008 et pour lequel elle a obtenu le prix Louis Cros, Céline Labrune-Badiane a été attachée temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) en histoire contemporaine à l’Université des Antilles et de la Guyane de 2009 à 2011 puis a enseigné dans des établissements d’enseignement secondaire. Ses recherches ont d’abord porté sur l’histoire de l’école en Afrique de l’ouest et mis en évidence la manière dont s’articulent les dynamiques politiques, économiques et sociales qui sous-tendent l’institution de l’école depuis son implantation à l’époque coloniale, jusqu’à nos jours. Elle a également écrit un ouvrage avec Etienne Smith sur les productions culturelles (scolaires, scientifiques, littéraires, artistiques et intellectuelles) des instituteurs africains en Afrique Occidentale Française et leur diffusion au sein de l’espace public colonial. Actuellement, elle travaille sur les processus de construction identitaires dans l’Atlantique noir. Dans une perspective socio-historique, Céline Labrune-Badiane s’intéresse avant tout aux acteurs, à leurs trajectoires individuelles et à leur capacité de s’affranchir des statuts, conditions et identités imposés. Ses recherches contribuent ainsi aux réflexions menées en histoire contemporaine de l’Afrique, dans une perspective comparative et connectée, à travers les circulations de modèles, d’acteurs et d’idées à l’intérieur des espaces colonial, impérial et post-colonial.
Entretien #137 avec Jocelyn Olcott
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Projet de recherche : La révolutionnaire de la Révolution : Concha Michel et la question de la maternité au Mexique La chanteuse folk et ancienne communiste, Concha Michel, est un sujet idéal pour ce que certains intellectuels ont nommé « la nouvelle biographie », qui explore à la fois les rapports entre structures et cultures, ainsi que les différentes manières qu’empruntent les individus pour s’affermir en tant que sujet fragmenté, cherchant souvent à imposer une cohérence narrative à leur propre vie. Concha Michel, comme de nombreux autres personnages de la nouvelle biographie, était une personnalité exceptionnelle dont le récit de vie illumine l’univers d’autres acteurs moins enclins (par tempérament ou statut) à laisser leurs traces dans les archives. L’histoire de sa vie, qui va de la dernière décennie du XIXe siècle à la dernière décennie du XXe siècle, ouvre une voie privilégiée pour étudier l’ambivalence répandue au Mexique vis-à-vis de la réification du travail de subsistance et de la culture populaire, qui découle des efforts en vue de la modernisation du pays. On peut y voir comment les transformations de la pensée politiques et économiques — du libéralisme de la fin du XIXe siècle au nationalisme populiste post révolutionnaire, des politiques de modernisation de la moitié du XXe siècle à la théorie marxiste de la dépendance dans l’après 68, jusqu’au néolibéralisme de la fin du XXe siècle — reposaient sur des présupposés relatifs au travail gratuit ou sous-payé dans la reproduction sociale et culturelle. Dans le contexte mexicain, ces débats étaient inévitablement liés aux conceptions de l’indigénéité et du métissage. La célébrité de Concha Michel à la fin de sa vie, notamment dans les années 1970-80 parmi la « nouvelle vague » de féministes, permet d’enquêter sur l’attrait du féminisme maternaliste, non pas en tant que variante plus traditionnelle de ses pendants libéraux et radicaux, mais plutôt comme refus plus radical du néolibéralisme, offrant ainsi une critique plus globale que celle, par exemple, fondée sur la pensée marxiste. Le récit de la vie de Concha Michel, bien que parcouru de contradictions et d’incohérences, comme le sont d’ailleurs tous les récits de vie, se présente comme un véhicule narratif idéal pour parcourir ces questions à une échelle humaine. Biographie Jocelyn Olcott, professeure agrégée d’histoire du genre, de la sexualité et d’études féministes à l’Université Duke, est l’auteure de Revolutionary Women in Postrevolutionary Mexico, de International Women’s Year : The Greatest Consciousness-Raising Event in History et co-rédactrice en chef avec Mary Kay Vaughan et Gabriela Cano de Sex in Revolution : Gender, Politics, and Power in Modern Mexico. Récemment elle a repris un projet qu’elle médite de longue date : une biographie de la chanteuse folk et activiste mexicaine Concha Michel. Elle a publié de nombreux articles dans le Journal of Women’s History, la Revue historique hispano-américaine, les revues Gender & History et International Labour and Working Class History, ainsi que de nombreuses contributions dans des recueils de textes. Elle a également été rédactrice en chef du Hispanic American Historical Review (2012-17), ainsi que membre des comités de rédaction de plusieurs autres revues. Elle est titulaire d’une licence en droit de l’Université de Princeton ainsi que d’une maîtrise et d’un doctorat de l’Université de Yale.
Entretien #136 avec Yaovo Akakpo
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Projet de recherche : Histoire des sciences anciennes d’Afrique : problèmes épistémologiques et études d’archives orales et de manuscrits en arabe et en ajami Ce projet repose sur l’idée qu’une histoire des sciences anciennes d’Afrique doit partir du principe épistémologique que la connaissance savante, dans la rationalité de ce que C. Lévi-Strauss a appelé la « pensée sauvage », est également différente du savoir populaire, de la magie, du mysticisme, de la religion ou de la cosmogonie, et qu’elle se pratique dans des lieux et milieux réservés, par des élites et réseaux d’élites distingués. C’est dans la perspective ouverte par ce regard autre sur la pensée dite sauvage que cette recherche est menée sur les traditions savantes d’Afrique, celles des archives orales et celles des manuscrits en arabe et en ajami. Il est convenu, d’une part, que, pour surmonter l’obstacle qu’est la faiblesse de la mémoire orale à livrer l’histoire, l’étude historique des sciences des archives orales d’Afrique doit cibler, en priorité, les lieux de circulation des pratiques savantes, la dynamique interculturelle des lieux de savoirs et la dynamique des rapports contemporains entre la recherche universitaire et les tradi-savoirs. Il est convenu, d’autre part, à partir de la réalité historique des traditions écrites africaines, de la nécessité d’ouvrir, à l’intérieur du champ des recherches sur les manuscrits en arabe et en ajami, un espace propre à l’histoire des sciences, espace jusqu’alors inédit. Biographie Yaovi Akakpo est un philosophe togolais. Il a fait ses études supérieures à l’Université de Lomé et à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il est docteur de 3e cycle en épistémologie et docteur d’État en histoire, philosophie et sociologie des sciences. Professeur titulaire, il est actuellement le doyen de la Faculté des sciences de l’homme et de la société à l’Université de Lomé, où il est également le responsable de la formation doctorale en histoire et philosophie des sciences et des techniques. Il est par ailleurs rapporteur général du CTS Lettres et sciences humaines du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) et chercheur associé au Centre Alexandre Koyré de Paris. Il est l’auteur de L’horizon des sciences en Afrique (Peter Lang, 2009), de La recherche en philosophie (L’Harmattan, 2012) et de Science et reconnaissance (Présence africaine, 2016). Ses principales thématiques de recherche concernent les transmutations scientifiques et techniques en Afrique, les enjeux de l’invention et de l’innovation, l’histoire des sciences des archives orales et des manuscrits africains, l’imagination en science, les pouvoirs du corps.
Entretien #135 avec Beata Stawarska
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Projet de recherche : Le Canon et sa critique. Les cent ans du Cours de linguistique générale En raison de sa pérennité sur un peu plus d’un siècle, le Cours de linguistique générale (1916) attribué à Ferdinand de Saussure, a acquis le statut de « grande œuvre » indispensable pour la recherche contemporaine en sciences humaines et sociales. Ce texte canonique a initié un programme de recherche innovante pour la linguistique moderne, et a conduit à la formulation et au développement de la méthode structuraliste dans les autres sciences humaines et sociales. Il occupe ainsi une place centrale dans la recherche et l’enseignement universitaires actuels. Alors que l’ouvrage est à juste titre inscrit parmi les grands textes de la pensée contemporaine, la recherche récente dans le domaine de la linguistique saussurienne a ouvert de nombreuses voies nouvelles pour porter un regard critique sur ce texte fondateur. Ces recherches novatrices, menées essentiellement en France, sont restées confinées au milieu spécialisé du savoir érudit, loin d’être aussi populaires et accessibles que le texte lui-même. C’est la raison pour laquelle Beata Stawarska envisage d’écrire la première édition critique du Cours de linguistique générale qui devrait susciter l’intérêt d’un vaste public, international et interdisciplinaire, amateurs de sciences humaines et sociales, et mettra en lumière la recherche européenne la plus pertinente sur l’héritage et la validité de l’œuvre à l’heure actuelle. L’étude examinera la production, la réception et la reproduction du Cours de linguistique générale en tant que témoignage notoire de la linguistique de Saussure, à travers l’analyse des rapports sociaux de pouvoir au sein des institutions européennes de la recherche et du rôle joué par les normes sociales dans l’établissement d’une connaissance vraie au sein des différentes disciplines universitaires. Cette étude contribuera ainsi à mieux faire connaître la linguistique de Saussure ainsi que son contexte social et institutionnel. Biographie Beata Stawarska est professeure de philosophie à l’Université d’Oregon, Etats-Unis. Elle s’est spécialisée dans les domaines de la philosophie européenne contemporaine, en particulier la phénoménologie et le poststructuralisme, la pensée féministe française, la philosophie du langage (entendue largement) et la psychologie philosophique. Elle s’intéresse notamment aux penseurs, tels que Merleau-Ponty, Derrida, Saussure, J.L. Austin, Beauvoir, Kristeva, Irigaray. Elle a publié deux livres : Between You and I : Dialogical phenomenology et Saussure’s Philosophy of Language : Undoing the doctrine of the Course in general linguistics. Elle est également l’auteur de nombreux articles et chapitres d’ouvrages. Elle s’intéresse aux questions relatives à la corporéité, au genre et à la différence sexuelle, aux relations sociales de pouvoir, à l’oppression et la résistance, à l’expressivité et la performativité, ainsi qu’à l’historiographie de la linguistique et à l’élaboration (et réélaboration) d’un canon établi de la philosophie. Elle poursuit actuellement des recherches sur les manières qu’emprunte le langage pour refléter et subvertir les relations de domination et de subordination, en particulier à partir de l’étude des revendications portées par les groupes marginalisés contre les discours de haine.
Conférence #188 d’Arnaud Teyssier du 5 juin 2018, 56mn
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Philippe Séguin (1943-2010) a été une personnalité politique considérable dans l’histoire de la Ve République, plus par sa stature personnelle, son style et l’expression vigoureuse de ses idées que par l’abondance des responsabilités nationales exercées (deux années comme ministre des Affaires sociales en 1986-1988, quatre années comme président de l’Assemblée nationale de 1993 à 1997). Les années 1990 furent sa période de plus grande notoriété, en raison de son engagement emblématique contre le traité de Maastricht (1992) et de la figure de « recours » qu’il incarna face à des orientations plus « libérales » de la droite de filiation gaullienne, dans un contexte de grande incertitude institutionnelle (cohabitations successives, passage du septennat au quinquennat, européanisation croissante des outils et des enjeux de la politique intérieure). Il est d’usage de présenter Philippe Séguin comme une personnalité forte et respectée – on se souvient de l’ampleur de l’hommage national qui lui fut rendu, à sa mort, aux Invalides -, mais aussi atypique, turbulente, enfermée dans une vision excessivement « nationale » des questions économiques et sociales, jugée trop en marge de la politique traditionnelle et des enjeux de la mondialisation. La conférence se propose de montrer, au contraire, que Philippe Séguin représentait une vision parfaitement orthodoxe et cohérente des institutions de la Ve République, que le gaullisme social, dont il était porteur, n’a jamais été qu’une composante essentielle d’une puissante tradition politique française – le gaullisme n’étant pas seulement un mouvement historique lié à la personnalité exceptionnelle du général de Gaulle, mais une étape fondamentale dans la construction laborieuse de la démocratie française : construction qui est loin d’avoir atteint sa maturité, et dont on pourrait même soupçonner qu’elle est entrée en régression avant même d’avoir été achevée, comme l’avait prophétisé Philippe Séguin et comme s’attachent désormais à le souligner plusieurs essais récents parus dans différentes disciplines.
Entretien #138 avec Parfait D. Akana
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Projet de recherche : Le thème de la folie dans la création télévisuelle au Cameroun. Essai d’anthropologie visuelle Le but de cette recherche est l’étude des différentes représentations de la folie dans les séries et téléfilms camerounais. Elle part de l’idée que le choix du thème de la folie, dans le travail de création, participe d’un ‘projet sémiotique’ s’opérant en raison d’un ensemble de déterminations socio-politiques et culturelles qui permettent d’en saisir l’intelligibilité à travers trois termes-clés : le lieu, les modalités et la finalité. Le lieu renvoie ici au Cameroun, et plus précisément à la vie urbaine, emblématique de la plupart des dysfonctionnements... Les modalités font référence dans le dispositif de ce projet, aux techniques déployées pour rendre une action efficace. Exemplifiées par les ressources des économies occultes — crimes rituels en vue d’enrichissement transgressif, mauvais sorts, ensorcèlements, etc. — elles constituent, sous le mode du « comment », le corpus de pratiques qui justifient un état d’être, ce que le projet désigne comme la finalité. Biographie Parfait D. Akana est sociologue, anthropologue et éditeur. Ses travaux portent principalement sur la santé mentale au Cameroun, les violences sexuelles et de genre dans l’expérience de la folie, l’anthropologie et la sociologie de la communication (réseaux sociaux, fictions télévisées, langages et cultures populaires). Après avoir étudié aux universités de Yaoundé I et II, de Paris 13 et à l’EHESS de Paris, il a rejoint le Département Recherche du CODESRIA (Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique) pour lequel il a travaillé de mai 2014 à avril 2017. Enseignant à l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Université de Yaoundé II, Cameroun), il est également rédacteur en chef de Terroirs (revue africaine de sciences sociales et de philosophie), fondée et dirigée par Fabien Eboussi Boulaga, et de Psychopathologie africaine (Sciences sociales et psychiatrie en Afrique), fondée en 1965 par Henri Collomb.
Entretien #139 avec Felwine Sarr
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Projet de recherche : L’Ecriture des humanités à partir de l’Afrique Notre projet de recherche part du postulat de la diversité des modes d’approches du réel selon les civilisations et les époques, la pluralité des modes de connaissance, ainsi que la relativité gnoséologique et épistémologique. Il se propose de penser la pluralité des aventures de la pensée humaine en partant de l’idée de l’égalité de principe des différentes traditions de pensée et en prenant acte de leur incommensurabilité. Ceci nous amène à envisager ces différentes traditions de pensée à partir de leurs horizons et des configurations du pensable qu’elles proposent, comme des aventures singulières de l’esprit qui se sont développées de manière parallèles et adjacentes, tributaires des cultures desquelles elles émanent. Penser ces questions en contexte africain appelle un déplacement épistémique. Il s’agit d’intégrer la complexité des formations sociales africaines et les assumer dans leur spécificité culturelle et historique. Ce qui nécessite un travail de déplacement à l’intérieur des champs des savoirs constitués et de reprise ; un acte de penser qui porte une attention particulière à son milieu archéologique et aux tendances réelles des sociétés qu’il appréhende. Ce projet de refondation requiert un travail de reprise dans les sciences sociales qui passe par une interrogation épistémologique sur les objets, les méthodes et le statut du savoir produit par les sciences humaines et sociales, telles qu’elles sont pratiquées sur les réalités africaines. L’obstacle majeur d’une telle démarche demeure la détermination d’un champ épistémologique, c’est-à-dire, d’objets spécifiques à appréhender, mais également des méthodes singulières pour y parvenir. Une critique récurrente adressée à la conception occidentale du savoir est qu’elle surestime les prérogatives du sujet en se fondant sur l’illusion que ce dernier, par ses seuls moyens (raison et/ou sens) peut produire une pensée qui rende compte de la complexité du réel. Le piège de la méthodologie européenne consiste à sélectionner un critère unique pour expliquer le réel. Par ailleurs, sa démarche se fonde sur la volonté de produire en matière de connaissance une réalité exclusivement soumise au constat de l’expérience et au débat de la raison. La fécondité de la démarche méthodologique basée sur le principe du tiers exclu[1] sera interrogée. Celle-ci, pour appréhender le réel, distingue le sujet de l’objet. La ponctualisation de l’objet et le découpage de la réalité en infimes portions, que l’on tente ensuite de recoudre. Elle relève d’un positivisme résiduel dans la tradition gnoséologique occidentale, héritière d’un atomisme qui date de deux mille ans. Cette démarche a été utile pour le développement de la physique et des sciences exactes ; mais se révèle inféconde lorsqu’il s’agit des sciences humaines et sociales, car les objets étudiés ont une épaisseur et le sujet n’est pas disjoint de l’objet. Comme pour la physique quantique, la position de l’observateur modifie la chose observée. Mais de manière plus fondamentale, il s’agit d’accéder à une connaissance plus approfondie des sociétés et cultures africaines, parce que fondée aussi sur leurs propres critères gnoséologiques. Pour cela, il est nécessaire de prendre en charge d’autres modes d’appréhension de la réalité, que le savoir scientifique tel qu’il s’est constitué jusque-là. L’exploration de territoires relativement inabordés que sont les ontomythologies et les épistémogonies africaines, ouvre à une meilleure prise en charge de savoirs divers, ayant assuré la pérennité des sociétés africaines. Il s’agit d’explorer les possibilités qu’offrent les autres formes de savoirs et d’appréhension du réel. Ceux-ci constituent des modes de connaissance qui ont démontré leurs qualités opératoires sur la longue durée, dans divers domaines de l’activité humaine : savoirs thérapeutiques, environnementaux, savoir-faire techniques, savoirs sociaux, historiques, psychologiques, économiques, agronomiques. Ces savoirs ont assuré la survie, la croissance et la pérennité des sociétés africaines. Pour les mobiliser, explorer les cosmogonies, les mythes, les expressions culturelles diverses, ainsi que les ressources linguistiques africaines est nécessaire. Il s’agira aussi d’engager un débat autour d’une théorie de la connaissance bornée par les limites de la vision occidentale de ce qu’est un savoir, en interrogeant l’exclusivité de l’épistémè logocentrique, et l’arraisonnement des modes d’intelligibilité par le seul mode de la pensée écrite. Cette interrogation reprend à sa racine la question de la connaissance. Il s’agit de penser à nouveau les conditions de possibilité d’un savoir. Que puis-je connaitre est la question que pose Kant dans sa Critique de la raison pure ? Comment une connaissance est-elle possible ? Ces questions ont défini la physique et la métaphysique au 18ème siècle. Des questions que l’on pourrait se poser ou reposer pourraient être celles-ci : Peut-on accéder à une connaissance en dehors de l’expérience ? Peut accéder à une connaissance par le sensible ? Que nous apprennent arts et les formes de pensée non discursive du réel ? Peut ton procéder à une épistémologie du sensible ? Cette interrogation sur le savoir devra s’approfondir en pensant les objets de la quête épistémologique mais aussi ses modalités d’appréhension de la réalité. Expliquer, depuis Aristote à consister à élucider les causes où à remonter à la cause première. Considérer que l’explication est la seule façon de penser le monde est un parti pris. La pensée de la causalité linéaire à une butée, c’est la cause première. La pensée complexe (Morin) et dialogique a permis de relativiser ce mode d’appréhension de la réalité en indiquant ses limites. L’Intelligence humaine réside dans la capacité de passer à travers les différents possibles de la pensée, à les comprendre l’un et l’autre, et à les faire dialoguer. L’objectif n’est point cependant de résoudre l’écart des différentes approches du savoir et du réel par une dialectique unitaire et convergente. Il ne s’agira pas d’une recherche systématique d’une vérité ultime, ni d’une synthèse, mais de faire communiquer ces possibles afin de produire de l’intelligible à partir de leur auto-réfléchissement. [1] Cette conception est également remise en cause au sein de l’épistémè occidentale par les tenants de la physique quantique et par des penseurs comme Nicholas Georgescu-Rogen promoteur de la transdisciplinarité et du principe du tiers inclus. Biographie Felwine Sarr est un universitaire et écrivain sénégalais né en 1972 à Niodior. Après des études primaires et secondaires au Sénégal, il poursuit ses études supérieures à l’université d’Orléans où il obtient un doctorat en économie en 2006. Agrégé des universités et professeur titulaire du CAMES, il enseigne à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) depuis 2007. Ses cours et travaux académiques portent sur les politiques économiques, l’économie du développement, l’économétrie, l’épistémologie et l’histoire des idées religieuses. En 2010, il est lauréat du Prix Abdoulaye Fadiga pour la Recherche Économique. En 2011, il devient Doyen de la Faculté d’économie et de gestion de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis et directeur de la nouvelle UFR des Civilisations, Religions, Art et Communication (CRAC) de l’UGB. Il est aussi écrivain et a publié plusieurs romans et essais. Musicien, il a publié à ce jour trois albums : Civilisation ou Barbarie (2000), Les Mots du Récit (2005) et Bassaï (2007). Avec les écrivains sénégalais Boubacar Boris Diop et Nafissatou Dia, il est le cofondateur de la maison d’édition Jimsaan. Felwine Sarr est aussi l’éditeur de la Revue Journal of African Transformation (Codesria-UNECA). Il organise avec Achille Mbembé en 2016 les Ateliers de la pensée de Dakar et de Saint-Louis, réunissant une trentaine d’intellectuels de l’Afrique et de ses diasporas pour réfléchir aux mutations du monde contemporain.
Entretien #126 avec Antonio De Almeida Mendes
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Projet de recherche : Le Portugal noir : dépendances, travail servile et « race » (XVe-XIXe siècles) Au XVe siècle, le développement d’un bassin de liaisons atlantiques entre l’Europe du Sud et l’Afrique de l’Ouest, englobant de nombreuses sociétés européennes et africaines, a favorisé la circulation, d’un continent à l’autre, d’érudits, d’esclaves, de légats, de négociants, de convertis, de renégats, de paysans, de gens de mer et de guerre. Les présences africaines pérennes se sont ainsi multipliées à Barcelone, à Lisbonne, à Séville ou à Valence. Plusieurs questionnements traversent le projet de recherche qui sera conduit à l’IEA : 1. quelles sont les conséquences pour la société et l’économie portugaise de la présence massive d’une population servile d’origine africaine ? 2. Quelles trajectoires ont connu les mulâtres, pardos et negros da terra (gens de couleurs nés au Portugal), dans ces villes d’Europe du sud ? 3. Peut-on parler d’un modèle social et économique portugais ? Le Portugal des temps modernes et son espace colonial d’outre-mer apparaît ainsi comme un espace laboratoire pour penser une chronologie des systèmes de travail contraints et des processus de hiérarchisation par la race ; un espace qui serait l’héritier d’une histoire méditerranéenne autant qu’atlantique, européenne autant qu’africaine. Biographie Historien spécialiste de l’esclavage et des traites négrières de la première modernité (du XIVe au XVIe siècle) et de l’histoire du premier Atlantique, António de Almeida Mendes est maître de conférences à l’Université de Nantes, membre fondateur du Centre International de Recherches sur les Esclavages, membre du Centre de recherches en histoire internationale et atlantique et membre de 2013 à 2016 du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage. Il co-dirige à l’Université de Nantes le programme STARACO (STAtuts, RAce et Couleurs dans l’Atlantique) qui entend engager une réflexion sur la construction de hiérarchies et de statuts hérités de l’esclavage dans les mondes ibériques, ainsi que le programme PRALT (PRAtique de l’ALTérité de la Méditerranée à l’Atlantique, XVe-XXe siècle) à la Casa de Velázquez (Madrid). Il termine la rédaction de deux ouvrages : Une histoire de la race dans l’Atlantique ibérique et Relier et ordonner un monde
de races. Histoires méditerranéennes et atlantiques des traites et des esclavages en péninsule Ibérique : XIVe-XVIe siècles.