Chaire Communs 2025-2026 : une candidature collective pour repenser les systèmes alimentaires

La première édition de la Chaire Communs a inauguré une modalité inédite d’accueil à l’Institut: la résidence collective. D’avril à juin 2026, trois chercheuses mexicaines – Paola Abril Campos Rivera, Claudia Rosina Bara et Karla Nicol Hernández Puente, rattachées à l’Université autonome du Querétaro et à l’Instituto Tecnológico de Monterrey – ont été accueillies autour d’un projet commun, Reimagining Food Systems: International Lessons and Practices for Advancing Food as Commons

Fortes de plus de quinze années de travail sur les réseaux alimentaires alternatifs et la souveraineté alimentaire au Mexique, elles sont venues confronter cette expérience aux initiatives agroalimentaires du territoire nantais, autour d’une question centrale : comment penser la transition des systèmes alimentaires vers des modèles de gouvernance collective, et faire de l’alimentation un bien commun face à l’emprise de l’agro-industrie et à la marchandisation globale ?

Communs 2026

Biographies

Projet de recherche

Reimagining Food Systems: International Lessons and Practices for Advancing Food as Commons

Ce projet collectif examine comment l’alimentation peut être comprise et gérée comme un commun — une ressource partagée, administrée collectivement et au-delà des contraintes de la propriété privée ou de la marchandisation.

Ancré dans les valeurs de solidarité, de coopération et de gouvernance collective, l’équipe pluridisciplinaire propose d’étudier comment des communautés au Mexique et dans certaines régions d’Europe organisent leurs systèmes alimentaires de manière à intégrer la durabilité écologique, la santé et les moyens de subsistance, tout en favorisant l’interdépendance et la réciprocité.

En explorant les rôles de l’éducation et du genre dans la pérennisation de ces pratiques, le projet s’intéresse également à la manière dont les responsabilités sont réparties équitablement au sein des communautés.

Dans le cadre de cette initiative, l’équipe du projet organisera une table ronde internationale réunissant des praticiens, des organisations et des universitaires afin de discuter des défis et opportunités liés à la mise à l’échelle de pratiques alimentaires fondées sur les communs. Ce dialogue vise à aborder les questions de gouvernance, d’inclusivité et de durabilité des systèmes alimentaires, tout en générant des pistes d’action concrètes pour la recherche appliquée.

L’objectif ultime est de lancer un projet de recherche appliquée à la suite de la résidence, axé sur l’adaptation et la mise en œuvre de modèles éprouvés de communs alimentaires dans divers contextes. Cette approche prospective allie réflexion théorique et stratégies pratiques, contribuant ainsi au débat mondial sur les communs comme fondement de systèmes plus équitables et résilients.

Les activités de la chaire

Leur résidence a tissé un dialogue nourri avec le terroir et les acteurs locaux. Les trois chercheuses ont mené une enquête immersive auprès d’une grande diversité d’initiatives : fermes collectives (La Terre Ferme, MilpaS), pépinières semencières (Germinance, La Boîte à Graines, La Ferme de Sainte-Marthe), jardin pédagogique de l’Agronaute, supermarché coopératif Scopéli, réseaux d’achat collectif comme VRAC, épiceries participatives et marchés, mais aussi espaces de résistance foncière comme le Jardin des Ronces et la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Elles ont rencontré des élus nantais en charge des politiques alimentaires et dialogué avec la recherche scientifique, notamment lors d’une visite au laboratoire « Biodiversité cultivée et recherche participative » de l’INRAE à Rennes, consacré à la conservation participative de l’agrobiodiversité. Ces rencontres de terrain ont fait de la résidence un véritable laboratoire d’échanges autour des inquiétudes partagées par les contextes mexicain et français.

Ce dialogue s’est déployé lors de trois temps forts publics. La conférence inaugurale, Repenser les systèmes alimentaires comme biens communs, a réuni de nombreuses initiatives alimentaires nantaises et régionales et posé les fondations d’un échange transatlantique. En juin, un dialogue co-organisé avec l’Université du bien commun s’est tenu à l’Académie du Climat à Paris, autour de l’agroécologie, des semences et des formes collectives de souveraineté alimentaire. Enfin, un webinaire en espagnol a réuni une quarantaine de représentants d’initiatives mexicaines et nantaises, activant l’Institut comme nœud d’un réseau international de praticiens et de chercheurs engagés dans la transformation des systèmes alimentaires.

Au-delà des rencontres, la résidence a été féconde en collaborations et en productions : liens noués avec le groupe Foodscapes et la sociologie rurale de l’Université de Wageningen, la Chaire UNESCO en systèmes alimentaires mondiaux de Montpellier, le Food Solidarity Network et les coordinateurs de l’ouvrage Food as Commons ; ainsi que l’élaboration d’un projet d’école d’été Food as Commons au Mexique. Autant de prolongements qui, bien après la fin du séjour, continueront de faire dialoguer les deux rives.