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Mission et politique scientifique

Mission et politique scientifique

Mappemonde Sud - Nord (Vlad Studios tous droits réservés)

La création de l’Institut d’Etudes Avancées de Nantes fait suite aux recommandations formulées en 2001 par le Conseil national pour le développement des sciences de l’homme et de la société. Ce dernier regrettait qu’il n’existe en France aucune institution similaire à l’IEA de Princeton ou de Berlin, allant au-delà de l’hébergement de chercheurs étrangers pour constituer de véritables communautés de recherche susceptibles de renouveler les réseaux existants et de renforcer la participation française dans les réseaux internationaux. Reprenant fidèlement ces recommandations, Nantes Métropole s’est engagée dès 2004 dans la création d’un tel institut et en a confié la réalisation au prof. Alain Supiot.

Reprenant les éléments caractéristiques des IEA de première génération, qui ont fait la preuve de leur efficacité aux Etats-Unis et dans différents pays d’Europe, la politique scientifique de l’IEA de Nantes s’inspire également de l’histoire de la ville de Nantes, qui l’invite à réinterroger la place et le statut du travail, à rechercher le dialogue entre civilisations et à comprendre ce qui permet à chacune d’entre elles de se tenir.

 La recherche du dialogue est ici appréhendée comme un élément fondamental de politique scientifique. La démarche de l’institut part en effet du constat de l’impossibilité propre aux sciences humaines et sociales d’une séparation radicale du chercheur et de son objet. En raison de ce statut épistémologique particulier, le comparatisme et le regard de l’autre sur sa propre culture et ses manières de penser, sont indispensables pour accéder à ce qui tient lieu d’objectivité dans la connaissance de l’humain.

Au lieu de considérer les autres grandes civilisations comme des objets d’étude ou comme des terres de mission, il s’agit de créer un nouveau style de relations intellectuelles entre pays du "nord" et du "sud". Les pays dits "développés" ont jusqu’à une date récente dominé la scène des sciences sociales et considéré "le reste" du monde plus comme des terrains d’observation ou des élèves que comme de véritables partenaires. Aujourd’hui encore une proportion écrasante des chercheurs invités dans les colloques ou les universités du "nord" sont issus des pays "développés", les chercheurs du sud ne se trouvant conviés de façon significative que dans le cadre des travaux des aires culturelles (area studies). Cette tendance fait courir aux sciences sociales le risque de s’enfermer dans des boucles autoréférentielles et dans la croyance illusoire que leurs catégories de pensée sont universelles et intemporelles.

Pour cette raison, l’IEA de Nantes vise à réunir chaque année une petite communauté formée de savants dont le bagage intellectuel et culturel est très différent, mais dont les projets ont suffisamment de points de contacts pour donner lieu à des échanges extrêmement féconds. Vivant et travaillant sous le même toit pendant plusieurs mois, les résidents de l’Institut peuvent ainsi confronter la manière dont ils perçoivent certaines questions.

 Ce choix épistémologique éclaire un second aspect de la politique scientifique de l’IEA de Nantes, qui consiste à privilégier les recherches relatives à l’armature dogmatique des sociétés, c’est-à-dire à tout ce qu’il y a d’indémontrable dans le sens que chaque société peut prêter à la vie humaine.

Les sociétés humaines ne sauraient en effet se soutenir sans mobiliser un certain nombre de croyances fondatrices, qui échappent à toute démonstration expérimentale et fondent leurs manières d’être et d’agir. La politique scientifique de l’IEA de Nantes vise à aider des savants de tous les continents à considérer ces systèmes dogmatiques d’un autre œil : non pas comme des restes d’irrationalité dans un monde destiné à devenir transparent et gérable, mais comme des supports indispensables à l’institution de la raison dans un monde destiné à demeurer divers et imprévisible.

Cette dimension dogmatique de la vie humaine se trouve notamment à l’œuvre dans les langues, le Droit, la religion ou l’esthétique, qui ont en commun de signifier un sens, un sens posé et non pas démontré. Elle concerne aussi la philosophie et la sociologie des sciences, ainsi que la médecine, en tant qu’elle est une science de l’homme et pas seulement une branche des sciences vétérinaires. La croyance selon laquelle il n’y aurait rien à connaître de l’homme qui ne puisse un jour être expliqué par la physique ou la chimie, est en effet elle-même un produit de la dogmatique occidentale et mérite d’être analysée comme telle. Au-delà des chercheurs en sciences humaines et sociales, la politique d’invitation de l’institut s’ouvre donc aux médecins et aux biologistes ainsi qu’aux artistes (musiciens, plasticiens, écrivains, cinéastes).