Chercheuse invitée
January to June 2026
Ma-Woury CISSE est chercheuse citoyenne et réalisatrice. Née à Nantes de parents originaires du Sénégal, elle a grandi dans le quartier populaire de Malakoff, au cœur de communs multiculturels portés au quotidien principalement par les femmes, particulièrement nantaises « venues d'ailleurs ».
Son engagement associatif s'ancre dès 2007 par la vice-présidence de l'association Les Chibanis, qui accompagne les migrants vieillissants et les personnes âgées isolées et porte un combat pour la décristallisation des pensions des anciens combattants des ex-colonies. En 2011, lors de la crise alimentaire qui touche la Corne de l'Afrique, elle fonde l'Association de Lutte contre la Faim en Afrique (ALFA), qui organisera en 2012 une table ronde sur les enjeux de la sécurité alimentaire avec le programme Lascaux alors en résidence à l'IEA ; la même année, elle co-fonde dans son quartier l'association Ambitions Jeunesses, dédiée à la réussite scolaire, au développement et à l'accès à la culture des enfants, ainsi qu'au soutien des familles dans leur parentalité. Elle accompagne depuis, en mentorat individuel, de nombreux jeunes dans leurs parcours scolaires et professionnels.
De 2014 à 2017, elle est élue municipale à Nantes, en charge des coopérations internationales, des droits de l'homme et du suivi de la vie associative, y recevant notamment Nicéphore Soglo, Frankétienne, Angela Davis, Maryse Condé, Doudou Diène ou encore Ali Moussa Iye dans le cadre des célébrations de l’abolition de l’esclavage. C'est justement dans l'exercice de cette fonction qu'elle remarque le manque d'archives sur l'histoire des diasporas africaines de Nantes, et la nécessité de documenter ces trajectoires avant que la première génération ne s'efface.
Son parcours professionnel, mené en parallèle, conjugue coopération internationale, RSE et management de la diversité. Elle est diplômée d'un Grade Master en marketing stratégique de l'École Supérieure de Commerce de Rennes et d'un Master 2 en coopération internationale pour le développement de l'UFR Droit et Science Politique de l'Université de Montpellier.
Elle dirige aujourd'hui une société de production hybride, adossée à ses travaux de recherche-création.
Diaspo'Roots, ou les communs immatériels diasporiques : mémoires, transmissions et territoires populaires
Ce projet de recherche-création explore et documente les communs immatériels portés et transmis par les diasporas africaines, ces ressources partagées, faites de récits, de savoirs, de liens et de pratiques, que les communautés issues des migrations construisent, maintiennent et transmettent au fil des générations.
Prenant pour point de départ l'expérience de membres de la diaspora sénégalaise à Nantes depuis les années 1970, il porte une volonté d'extension vers d'autres diasporas africaines et, dans un second temps, vers une approche transculturelle ancrée dans le quartier nantais de Malakoff, lieu de grande mixité où se sont tissées avant les travaux de rénovation urbaine, entre familles d'origines diverses, des solidarités de voisinage qui constituent elles-mêmes un commun.
Le projet s'organise autour de plusieurs questions articulées. Comment les femmes de la diaspora sénégalaise ont-elles créé, maintenu et transmis des communs culturels et sociaux à Nantes ? Comment ces pratiques, croisées avec celles d'autres acteurs ont-elles façonné l'expérience diasporique sur plusieurs générations ?
Plus globalement, il s’agira d’explorer les modes de constructions, de maintien et de résistances des ressources partagées confrontées aux processus d'effacement qui accompagnent les évolutions socio-économiques et urbaines.
Diaspo'Roots propose dialogue entre les théories contemporaines des communs, les philosophies africaines et les expériences populaires, pour penser les communs diasporiques non comme un modèle importé, mais comme une pratique déjà à l'œuvre dans les trajectoires des femmes et des hommes concernés.
La méthodologie associe une démarche de recherche qualitative fondée sur le recueil de récits et d'archives, et une écriture transmédia qui articule production théorique et restitution sensible.
Une attention particulière est consacrée aux voix de femmes. Le projet revendique un ancrage populaire assumé : donner le micro à celles et ceux qui ne l'ont jamais eu, et construire des outils de transmission adaptés aux générations futures.