Actualités

15 Juin 2010
Nouvelle

"The City as Patient"

par Shalaija Chandra, administrateur civil, chargée de l’éducation médicale au Ministère de la santé et des affaires familiales, New Delhi, Inde.

La grève des étudiants en médecine du Collège médical Vardhman Mahavir attaché à l’hôpital Safdarjung , plus tôt cette semaine, a pu paraître comme une manifestation isolée. Mais c’est en fait symptomatique de ce qui accable l’administration hospitalière d’un bout à l’autre de Delhi. Le VM Medical College récemment construit, comprenant un hôtel de base de 33 chambres, avait été confié aux « autorités » il y a plusieurs mois. Les équipements et services techniques sont encore dysfonctionnels, alors même que le surintendant médical de l’Hôpital Safdarjung, le directeur du collège et son proviseur se sont tous rejeté la responsabilité les uns sur les autres.


L’absence de coordination, causée plus par des luttes intestines que par le manque de fonds, a malmené les hôpitaux de la ville depuis des décennies. Le gouvernement central gère quatre hôpitaux multi-spécialités, à l’exclusion de l’Institut indien des sciences médicales, qui est en lui-même un groupe de six centres hyper spécialisés. Le gouvernement de Delhi dirige 38 hôpitaux et la municipalité 10 autres, sans parler des hôpitaux de l’ESI et du NDMC. Chaque hôpital est dirigé par un médecin spécialiste qui, outre la coordination du fonctionnement des différents services, est responsable des appels d’offre, de la fourniture des équipements, des consommables et des médicaments. Bon gré mal gré la réparation du matériel en panne, l’absentéisme et la sécurité de l’hôpital, l’installation des sanitaires et la gestion de personnel, font partie de ses fonctions, pour lesquelles il est épaulé par d’autres médecins qui devraient plutôt pourvoir aux soins des « mareez aam », explique le Dr Veena Choudhury, directeur de l’hôpital G.B. Pant, "La vraie difficulté est que la routine quotidienne occupe la plupart de notre temps."


Les groupes de pouvoir et les lobbies fonctionnent à l’intérieur et entre la plupart des services médicaux. Si le chef de l’hôpital veut conserver son autorité, la seule façon est de rester à proximité du centre de pouvoir qui l’a choisi en premier lieu, c’est-à-dire auprès de la Direction générale des services de santé dans le gouvernement central, du ministère de la Santé du gouvernement de Delhi et des innombrables responsables politiques et administratifs de la municipalité. Compte tenu de l’étendue du lobbying et des mauvaises décisions qui imprègnent tout le système, le surintendant médical est obligé de s’assurer contre les indélicats. La recherche d’une protection à long terme devient une nécessité, pas une option.
Dans ce contexte déprimant, le patient ordinaire, qu’il vienne de la ville ou en dehors, est incapable de distinguer entre les hôpitaux centraux, étatiques et municipaux. Les patients passent de longues heures dans les files d’attente d’enregistrement, puis s’assoient à l’extérieur d’OPD bondés pour rencontrer furtivement un spécialiste surchargé de travail. Ils optent pour des services privés coûteux de diagnostic en laboratoire même lorsque les services gouvernementaux sont disponibles gratuitement ou à tarif réduit. En l’absence de tout réseau ou d’échanges entre petits et grands hôpitaux, plusieurs installations restent sous-utilisées; les hôpitaux ne peuvent pas conclure d’accords entre eux - à l’exception d’AIIMS qui déleste régulièrement sa surcharge sur l’hôpital Safdarjung.


Il y a quelques années il a été question de mettre en place un commissaire à la santé publique pour tous les hôpitaux de Delhi afin de coordonner la mise en réseau des différents hôpitaux indépendamment de leur taille. Aidé par un accès informatisé en temps réel à la disponibilité des lits, aux équipements de diagnostic fonctionnel ou spécialisé, le commissaire devrait assurer la coordination entre tous les hôpitaux publics pour tirer le meilleur parti des installations gigantesques disponibles dans toute la ville. Il devrait être compétent pour renvoyer les patients à des installations inutilisées et des lits vides rationalisant ainsi leur utilisation. Plus important encore, les patients pauvres qui ont besoin de soins critiques pourraient être envoyés par ambulance à une chaîne de cliniques privées qui, ayant donné leur accord par écrit, avaient refusé d’honorer leurs engagements envers les pauvres.


Le commissaire rendrait compte à un conseil où la DGHS, le gouvernement et la municipalité de Delhi seraient tous représentés, de sorte que chaque organisme de financement ait un intérêt dans le fonctionnement efficace du système. Au niveau de l’Université de Delhi, qui prépare les jurys des enseignants, des architectes et des entrepreneurs pour que les collèges fassent leur choix, le commissaire pourrait fournir dans le cadre des marchés des listes présélectionnées pour les hôpitaux, et même engager des administrateurs d’hôpitaux présélectionnés pour permettre aux médecins de se concentrer sur les soins de santé.


Un tel changement systémique aurait trois avantages. Premièrement, il permettrait d’éviter la nécessité pour les chefs des hôpitaux de chercher une protection constante en construisant une zone tampon entre le surintendant médical et les bureaucraties médicales. Deuxièmement, il permettrait de réaliser des économies d’échelle et l’utilisation efficace des services médicaux. Enfin, comme le Dr Mahesh Misra, directeur du centre de traumatologie AIIMS l’a dit, "la mise en réseau informatique de tous les hôpitaux dans toute la ville est indispensable pour utiliser de façon optimale la ressource totale en lits pour les patients nécessiteux et récompenser l’efficacité."


Mais un tel système ne peut fonctionner que s’il y a une volonté de déléguer l’autorité à un organisme indépendant pour une gestion hospitalière efficace. La question controversée est de savoir si cette volonté pourra freiner l’ardeur des lobbies politiques qui défendent leur pré carré - des préoccupations qui, malheureusement, semblent plus importantes.