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Travail : changer les règles du jeu
23 October 2015
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Travail : changer les règles du jeu

Par Alain Supiot, Professeur au Collège de France, chaire « Etat social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », IEA de Nantes

Article paru dans LE MONDE ECONOMIE le 18 octobre 2015


"Le XXIe siècle sera-t-il celui de la fin du salariat ? La question surgit de tous les débats préparatoires à la 4e conférence sociale, qui se penche lundi 19 octobre sur la sécurisation des parcours professionnels et de l’emploi bousculés par les transformations numériques. Sans dater la fin du salariat, Alain Supiot, professeur au Collège de France, l’annonce. « Le travail ne peut, ni ne doit, être réduit à la forme historique particulière qu’il a prise dans les sociétés industrielles depuis le XIXe siècle, c’est-à-dire l’emploi salarié à plein temps, écrit le juriste. La forme salariée n’est qu’un moment de la longue histoire du travail. » (Critique du droit du travail, PUF, 284 pages, 13 euros).

La transformation du marché de l’emploi est déjà à l’oeuvre. Depuis 2000, la durée des contrats de travail s’est réduite comme peau de chagrin. Entre 2000 et 2014, le nombre d’embauches en CDD de moins d’un mois ou en intérim a augmenté de 61 %. Hors intérim, la part des embauches en CDD très court, de moins d’un mois, a atteint 70 % fin 2014, tandis que le nombre des recrutements en CDI stagne. « Il s’agit d’une transformation profonde, les CDD longs étant remplacés par de multiples CDD courts », analysent les économistes du Centre de recherche en économie et statistique (Crest) Pierre Cahuc et Corinne Prost.

Dans le même temps, le nombre d’actifs non salariés progresse. Ces entrepreneurs, permanents ou occasionnels, autoentrepreneurs, pluriactifs, étaient 2,8 millions en 2011, en hausse de 26 % (+ 550 000 personnes) en cinq ans (Emploi et revenus des indépendants, Insee, édition 2015). Pour l’Insee, « le renouveau du travail non salarié s’inscrit dans une tendance à la diversification des formes d’emploi (...) à la frontière du salariat et du non-salariat. » Les autoentrepreneurs représentent un non-salarié sur cinq."


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