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23 March 2012
Nouvelle

"SANS TITRE", Prabhakar BARWE

Par Akhilesh, Peintre (Bhopal - Inde), Invité du Directeur de l'IEA de Nantes

Il s'agit d'un article sur les œuvres de Prabhakar Barwe, peintre de renom qui n'est plus avec nous maintenant. Dans l'article tous les sujets comme Soleil, Rivière Noire, Arbre, Ombres, un Homme ou la Lune, Montre, Livre, Squelette etc... sont les objets peints par lui encore et encore. Comme le dit Aneesh Kapoor: «Les artistes ne font pas des objets, ils créent des Mythologies ». Ici nous pouvons voir dans ses peintures qu'il a créé sa propre mythologie de formes et ce qui, pour lui, revenait à écrire à leur sujet. C'est tellement bien écrit que quand vous regardez ses œuvres, vous êtes immédiatement inspiré par l'atmosphère peinte. Dans le temps, en Inde, la peinture était considérée comme une forme d'écriture, et de ce point de vue, nous pouvons dire que ces peintures ont été écrites par Prabhakar Barwe. J'ai choisi quelques éléments de sa peinture pour décrire ses œuvres. C'était un peintre très proche de la poésie. Si vous regardez ses tableaux, ils sont très calmes, subtiles et silencieux et pourtant très expressifs comme des poèmes.

 

 

Depuis quelques jours TicTac la dérangeait. Elle n'en pouvait plus. Un jour elle est sortie de chez elle. Elle se promenait dans la rue. La journée était douce. Elle était distraite par les pensées de TicTac. Elle s'est dit "Ce n'est pas possible! Tic-Tac! Tic-Tac!". TicTac m'empêche de dormir, de travailler et de respirer. Il m'étouffe!
En errant dans les rues, un peu perdue elle a trouvé l'entrée d'un jardin. Elle s'est précipitée dans le jardin en se souvenant de l'idée qu'elle avait eu l'année d'avant de trouver un livre qui conduirait son esprit à côté, hors de ce qui la troublait: hors de l'émotion fébrile, hors de la sensiblerie, de la crainte et de la peur. Depuis ce jour elle cherchait ce livre. Un livre mystérieux qui se cacherait peut-être dans un autre livre.

Elle est entrée dans le jardin et elle a regardé autour d'elle. Elle ne voyait personne. Elle était à l'ombre d'un arbre. L'arbre était un peu penché, avec plusieurs branches qui se tendaient vers le ciel. Il m'appartient d'en choisir une pour grimper en premier et puis je pourrais grimper sur toutes les autres branches. "Hélas", se dit-elle. "L'arbre est un peu trop haut". Toujours à l'ombre, elle a commencé a étudier l'arbre, son allure, ses formes, ses poussées de vie, ses accidents et sa façon de retenir la lumière, son équilibre, ses contours, sa silhouette, le départ harmonieux de chaque branche à son point d'attache sur le tronc, son austérité, sa lutte opiniâtre pour la vie. C'était un arbre sans feuilles.
Elle a posé son regard sur l'ombre de l'arbre. L'ombre de l'arbre présentait des feuilles. Et elle s'est dit que c'était étrange que l'arbre n'ait pas de feuilles. Pourtant son ombre en avait. Elle a regardé autour d'elle. Est-ce que cette espace allait lui permettre de respirer en paix?
Elle ressentait un silence dans le jardin. Un silence pesant.
Elle était toujours toute seule dans le jardin. En se promenant un peu plus loin elle avait la sensation qu'elle avait quitté le monde végétal pour rejoindre un autre univers. Et la solitude de cet univers était pesante et vide. Cet endroit ressemblait de plus en plus à un désert où il n y avait personne.
Elle a tourné sa tête un peu et elle a vu un moineau et un papillon. Le moineau était en train de se transformer en papillon. "Je rêve", se dit-elle. "Et dans ce songe, je suis dans une réalité qui se transforme au fur et à mesure". De loin, elle aperçu une échelle. L'échelle avait un aspect vivant. Elle a couru et elle est montée sur l'échelle.

Elle a regardé autour en ressentant une sensation bizarre, comme si elle était perdue depuis des années. Elle a commencé à avoir soif. Elle a posé son regard sur un puits. C'était un puits perdu, dont le fond ne retenait pas l'eau.
Le soleil est rond avec une lumière bleue et noire mais il n'a pas de feu, a-t'elle observé. Ni de chaleur. Un soleil qui me fait songer à la lune, un soleil qui hésite entre le soleil et la lune, qui n'est pas encore lune, un soleil qui est entré dans un processus de soit-disant métamorphose mais qui ressemble tout de même au soleil.
Elle était surprise. En même temps que la surprise elle ressentait de l'inquiétude. Puis elle s'est consolée en se disant que peut-être la vie nous attend là où nous ne l'attendions pas. Peut-être vaut-il mieux accepter l'imprévu. C'est comme dans un songe. Tout ça n'est pas réel.

A côté d'elle, une ombre comme un esprit animé s'est éloignée, et puis une autre ombre s'est projetée vers elle et s'est fixée par terre.

Un nuage passait dans le ciel. Le nuage avait la tête d'une chèvre. Il se déplaçait dans le ciel. Il s'éloignait d'elle et puis il se tournait vers elle.

Elle venait d'avoir l'idée bizarre que dans ce désert elle pourrait être menacée par un coup de fusil qui éclaterait tout d'un coup et déchirerait sa poitrine. Elle a pensé à TicTac et comment elle était tout le temps agacée par le son de sa montre. La simple pensée de TicTac a remis en marche sa montre qui s'était arrêtée depuis tout à l'heure. Elle qui voulait s'échapper au son de TicTac était rattrapée par le Tic-Tac.

Devant elle il y avait une série d'arbres. Un moineau était assis sur une branche. Elle a posé son regard sur l'ombre du moineau. Le petit moineau était toujours posé sur la branche. Pourtant elle a vu et entendu l'envol de l'ombre du moineau.
Une lanterne allumée était placée près d'elle. Sa lumière était assombrie. Cette lampe répandait la lumière sur une feuille qui vivait là avec son ombre.

Un petit bonhomme a frappé à une porte. Cet homme avait son ombre avec lui et il tenait une ardoise sur laquelle était écrit le premier alphabet en écriture Devanagari. Là où se déplaçait l'homme, son ombre se déplaçait avec lui. Elle a suivi de son regard l'ombre du bonhomme. Quand il a fait sombre, l'ombre de petit bonhomme prenait une tonalité contrastée allant du claire au foncé. L'ombre du petit bonhomme pouvait vivre sans lumière. Et quand elle ne voyait personne, l'ombre se reposait. L'ombre avait un problème de surpoids. A cause de son surpoids, l'ombre était souvent allongée par terre. On pouvait même entendre sa respiration quand ses efforts l'avaient essoufflée. Et quand l'ombre voyait qu'il n y avait aucune autre ombre autour d'elle, son poids s'allégeait mystérieusement pour qu'elle puisse s'envoler un peu. Le petit bonhomme était né avec cette ombre. Il était le premier homme qui est né avec son ombre. Depuis sa naissance son ombre était plus grande que lui. Le petit bonhomme avait toujours soif. Il voulait aller boire de l'eau du robinet mais il ne pouvait jamais aller la boire malgré tous ses efforts.

Au milieu de ce désert elle a aperçu quelques brebis qui traversaient le paysage lentement. Parmi elles, il y avait une toute petite brebis qui, obstinément et silencieusement, persistait à marcher dans la direction contraire du troupeau. Toutes ces brebis lui apparaissaient réelles mais pourtant c'était comme dans un songe.

Loin derrière l'ombre des montagnes, le ciel devenait plus sombre, bleuâtre. Là-bas au loin elle pouvait voir le troupeau s'avancer. Le troupeau allait boire de l'eau et s'avançait vers cette rivière ancienne qui recommençait à couler après une longue période où elle était devenue sèche. La rivière s'écoulait telle un cours d'eau qui jaillissait de sa source. Elle a commencé à étudier les rides de l'eau. L'eau de cette rivière ancienne était noire, sombre en profondeur, pourtant la rivière n'était pas noire. Elle avait l'impression que la couleur de l'eau était noire, sombre, avec quelques dilutions qui ont permis d'obtenir des encrages noirs, rouges, comme du sang qui coulait mélangé avec du noir obscur. Quelques ondulations ici et là.
Eau en bordure des berges. Là-bas quelques rides qui soulignaient de petites vagues. Elle avait l'impression qu'au-dessous de cette rivière était cachées quelques anciennes civilisations. Quelques mains squelettiques sortaient de l'eau comme pour jeter un regard dehors. Mais cette rivière n'allait pas se joindre ni à la mer ni au ciel. Cette rencontre ne lui était pas destinée.
En se promenant au bord de l'eau elle a posé son regard sur un canevas clair qui était à moitié déchiré. Il était fixé à son cadre. Une pomme posait comme sujet à représenter sur ce canevas. Peut-être que Cézanne irait venir peindre ici un jour a-t'elle pensé. Elle a aussi pensé que là-bas il n'y aurait jamais un vent orageux semblable à l'ambiance troublée des toiles de Van Gogh. Ni les tonalités immobiles de Rothko. Quelques outils et matériaux de peinture étaient posés par terre. Parmi eux un crayon. En taillant le crayon elle s'aperçu que c'était un crayon sans fusain. Elle avait l'impression que le ciel dans cet espace était comme inspiré directement d'une toile de Husain.

Elle a noirci le visage de sa montre avec de la couleur noire. Et elle a tordu de ses propres mains ses aiguilles. Puis elle a commencé à se promener de nouveau dans le désert. Elle est arrivée tout près de la silhouette d'un buffle. Elle a choisi pour sa promenade la rue sur laquelle était posée l'ombre du buffle. Elle a croisé l'ombre du buffle et elle l'a traversée. Elle entendait faiblement le bruit de sa montre.

Et puis elle a commencé à avoir une sensation étrange. Comme si elle n'avait plus de seins. Elle a regardé autour d'elle. Un petit moineau venait de passer. Et il avait dans ses becs ses gros seins. Ses gros seins ont été enlevés par le moineau ! Elle voulait courir après ses seins jusqu'au ciel aux allures bleu profond, elle voulait courir après le moineau qui tenait dans son bec ses gros seins mais elle n'arrivait pas. Car ses fesses étaient trop lourdes et lui empêchaient de courir vite. Et l'oiseau s'envola avec ses gros seins.
Elle marchait lentement et péniblement dans le sable. Je sens une lassitude en moi, de la fatigue. Peut-être que je suis enceinte, s'est-elle dit.

Une lampe était posée non loin de là où elle marchait. La lampe était à moitié éteinte. A la lumière de cette lampe elle a vu une coquille. Il n'y avait aucune trace sur cette coquille.
Elle n'avait plus d'espoir. Elle a posé son regard sur quelques accessoires de peinture. Le canevas clair et déchiré avec sa couleur poussiéreuse lui a plu. Le cadre de ce canevas était rouillé. Quelques pots de peintures la regardaient avec un regard tristounet. Elle a été surprise par un visage derrière les pots de couleur. Un visage qui se contemplait et qui s'admirait. Devant le visage un cadre était posé.

Une seule plante poussait dans le sable. Elle n'avait pas été arrosée depuis longtemps mais malgré le manque d'arrosage la plante avait réussi à pousser dans le sable. Il lui semblait que la plante comme elle avait soif. C'était un potimarron. La plante avait une ombre qui s'est détachée du potimarron pour se fixer sur un premier pilier. Elle a vu sortir du visage de l'ombre du potimarron une autre ombre qui est sortie se coller sur le deuxième pilier. Les piliers ont commencé à trembler et chevroter brutalement. Et puis ils sont redevenus immobiles. Marqués par ce tremblement de terre, les piliers la regardaient. L'ombre était toujours collée sur chaque pilier sans aucune pudeur.

Au loin elle voyait un grand pot de terre. Des gouttes d'eau coulaient lentement de ce pot. Une nappe de brouillard enveloppait l'atmosphère.
Pourtant elle arrivait à voir autour d'elle sans difficulté. Quelques objets étaient posés par terre, quelques boites tombées, une ombre de château, une échelle sans fin et quelques ombres diverses. L'ombre de l'échelle n'avait pas de marches. L'ombre de la montre était immergée dans une tristesse profonde. Il y avait des rocs qui donnaient l'impression d'être submergés par la tristesse. Elle a commencé à étudier ces rochers, leurs contours, leurs masses, leurs accidents internes et leurs rides. Il y avait une surépaisseur à la base d'un rocher pour en affirmer le poids. La masse était traduite par un ombrage à l'intérieur même du rocher. Enfin des rides et des stries. Ces rides traditionnelles qui donnaient l'aspect tristes aux rochers, ces rides se superposaient et s'entremêlaient. Il y avait diverses stratifications : verticales, obliques et horizontales dans ces rochers qui se sont constitués en plaques de différentes tonalités avec une dominante sombre. Une tristesse se dégageait de ses rochers, une tristesse semblable à celle du fer qui fond et puis se solidifie dans le froid d'un hiver glacial et sans fin. Ces rochers étaient juxtaposés avec quelques fenêtres cassées d'une Maison de la Poste en ruines. Elle qui était déjà inquiète par la perte de ses gros seins, elle est devenue encore plus inquiète en voyant les ruines de la Maison de la Poste.
Dans cette ambiance qui devenait de plus en plus obscure elle a posé son regard sur un jeu de pichenette sans jetons. Elle a hésité un peu puis elle a marché dessus. Le terrain était glissant et elle a glissé.

La lanterne avec la lumière obscurcie lui a apporté de la lumière pour qu'elle puisse voir autour d'elle.

Il y avait une lune à moitié sombre qui brillait au-dessus de sa tête.
Un chevalet se trouvait à côté mais pas de cadre. Un chevalet nu et sans aucune pudeur. Devant lui un instrument de musique qui s'appelle 'Le Saranginama'. A côté, quelques boites éparpillées par terre. Un parfum épicé d'Ajowan se répandait autour d'elle. Je n'ai plus de seins a-t'elle pensé. Comment vais-je sortir de ce désert angoissant sans mes gros seins ? J'ai honte. Elle pouvait entendre dans l'atmosphère une composition musicale de 'Mir Taki Mir'. La musique était pleine de douceur mais sa tristesse ne cessait d'augmenter. Les paroles de cette 'ghazal' étaient "Regarde-autour de toi avec tout ton cœur et avec tout ton esprit et relève-toi".
Elle a pris dans ses mains une coquille. Il n'y avait aucune trace d'écriture sur la coquille pour qu'elle puisse essayer de lire et décoder des représentations et signes autour d'elle. Aucune trace sur la carapace. Et la lune au-dessus de sa tête la regardait sans pudeur en devenant de plus en plus obscure. Elle était remplie de larmes. Elle ressentait qu'elle était dans ce désert depuis une éternité et que ses narines se remplissaient d'arôme d'épices.

Elle a entendu un bruit, le Tic-Tac de sa montre. Le bruit venait cette fois-ci plutôt de l'ombre de sa montre. Elle a étudié sa propre ombre pour voir si son ombre elle aussi était angoissée par le Tic-Tac. Elle a constaté que son ombre était en train de jouer sans souci et s'agrandissait de plus en plus. Et l'ombre du petit bonhomme à côté oscillait et jouait sur une balance. Peut-être que ces ombres sont sourdes, se dit-elle. Elles ne peuvent pas entendre le Tic-Tac.

L'eau de la rivière ancienne coulait en silence. Rouge, noir. Des feuilles tombaient silencieusement. La lumière du soleil brillait sereinement. Et elle s'est souvenue de quelqu'un qui s'appelait Barwé qui pouvait poser sur une montagne d'os une autre montagne et qui avait le pouvoir de vivifier l'ombre de la montagne. Il ne dormait que quand sa mission était accomplie. Si ce personnage avait été avec moi aujourd'hui il aurait pu entendre le discours de toutes ces ombres, a-t'elle pensé. J'aurais préféré la compagnie de ce personnage puisque Tic-Tac ne m'écoute jamais. Je crois qu'il ne peut pas entendre.
Elle a posé un regard sur ses seins et elle s'émerveillait de voir qu'ils se renouvelaient en poissons frémissants. Ils étaient toujours détachés d'elle mais ils n'étaient plus dans le bec du moineau. Indépendants, ils étaient en train de renaître en poissons frémissant de vie.

Elle a posé son regard sur un empilement de montres entassées. Quelques unes étaient vides et sans aiguilles. A côté de l'amas de montres il y avait l'os d'un poisson et un poisson allongé à côté dont l'énergie frémissante était calmée. Un cheval en bois à côté avait l'air de crier "les pétales de la rose épanouissent !"
Un nuage qui devait apporter la pluie devenait brun dans le ciel.

Une bouteille était posée par terre, déjà remplie d'eau avec un filtre dessus. Le moineau de Swaminathan s'était envolé vers l'infini.
Elle a soupiré. Elle pouvait entendre de nouveau le Tic-Tac. Ce son ne faisait qu'augmenter son angoisse et pour l'oublier elle a commencé à jouer avec le sable. Elle a creusé avec ses mains le sable en pensant qu'elle pourrait se cacher dans un gouffre. Ses mains ont touché un objet dur. C'était des os. Des os d'une main squelettique. Quand elle faisait des études sur les anciennes civilisations elle avait étudié quelques fossiles. Parfois c'étaient des os de bêtes encore jeunes. Et en les prenant dans ses mains ces os devenaient poussières. En tenant dans ses mains les os qu'elle avait heurté dans le sable, elle avait l'étrange sensation qu'elle tenait les os de sa propre main et pas celle d'une autre et elle s'est consolée en se disant que tout cela n'était pas réel et que de toute façon dans cette toile ce ne serait pas correct d'avoir comme sujet la main d'un étranger même si c'était la main de Paul Klee.

Elle a posé son sac et ses lunettes sur un banc et elle a avancé vers quelques livres posés par terre. Elle a choisi celui qui était le plus lourd. Le titre de ce livre était "Comment se brûler correctement". En tournant les pages elle a jeté un coup d'œil sur les essais 'Comment être en quête comme un feu qui couve sous la cendre' et 'Comment brûler intérieurement devant la beauté simple'. Pendant qu'elle tournait les pages, une marionnette qui était posée sur un pilier a commencé à parler. Elle a dit " Dans le ciel il y a un nuage qui a enlevé tout ce qui est noir en toi et il est parti avec." En entendant ces paroles elle était remplie d'inquiétude. Elle s'est dit que tout ce qui lui restait c'était sa noirceur. Les larmes aux yeux elle a sauté dans ciel pour attraper le nuage. Au bout d'un moment elle a réussi à le prendre dans ses mains. Elle l'a caressé et elle s'est aperçue que quand elle le caressait, le noir se métamorphosait en brun. Elle l'a à nouveau caressé et puis le nuage s'est envolé. Elle a regardé autour d'elle. La lune qui était demi-sombre devenait de plus en plus sombre. Elle avait l'impression qu'elle se transformait en noir. Les objets autour d'elle devenaient noirs aussi y compris les trous sur son chevalet. Et la tête du moineau aussi devenait de plus en plus noire. Les ombres autour d'elle devenait plus sombres et les brebis étaient baignées dans des tonalités obscures. La pomme devenait noire. La lampe et la marionnette aussi. La couleur noire possédait toutes les couleurs: du plus clair au plus foncé. Elle parcourait l'infinie variété des nuances de noires. Noir mystère. Noir nocturne. Le noir se couchait, s'étendait, s'étirait et entrait en possession de l'espace, liquide, non figé, déjà prédisposé à tous les contenants. Les gouttes qui tombaient du pot de terre se sont écoulées comme du sang dans l'ancienne rivière. En voyant cette métamorphose de couleur elle s'est calmée. Le Tic-Tac de sa montre ne la dérangeait plus. Elle baignait de plus en plus dans une sensation d'harmonie. Le rythme du son qu'elle entendait était comme une berceuse. Et la mémoire de Prabhakar Barwé s'est répandue dans cette ambiance nocturne comme le parfum d'huile d'olive amené par le vent.



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