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Hommage à Yannick Butat, médecin, membre correspondant de l'IEA de Nantes.
1 December 2009
Nouvelle

Hommage à Yannick Butat, médecin, membre correspondant de l'IEA de Nantes.

Hommage à Jean-Baptiste Yannick Butat


Jean-Baptiste Yannick Butat (1945-2009) était un homme rare et un médecin exceptionnel, dont la trop soudaine disparition prive l'Institut d'Études Avancées d'un conseiller incomparable. Dès l'origine, l'une des ambitions de cet Institut a été de promouvoir entre médecine et sciences humaines un nouveau type de liens, qui sortent des sentiers battus de l'éthique ou de l'économie de la santé, pour saisir à sa racine la question de la médecine en tant que science de l'homme. Nul mieux que Yannick Butat ne pouvait nous guider dans cette voie, lui qui dès la fin de ses études de médecine, agrémentées d'incursions en sociologie et en linguistique, avait décidé de consacrer sa thèse (soutenue en 1975 sous la direction du professeur Kernéis) à la question « Du langage et du corps dans la relation thérapeutique ». Il y avait dans cet intitulé bien plus qu'un sujet de thèse : une interrogation qui éclaire tous ses choix ultérieurs. Le choix tout d'abord de s'installer comme « généraliste », genre médical dont la déconsidération était déjà patente, sans doute parce que le généraliste doit entendre le malade et pas seulement scruter ses organes (aussi parce qu'on n'y fait pas fortune, mais le souci de l'argent fut toute sa vie le dernier des soucis de Yannick Butat). Généraliste donc, mais généraliste pensant, et ne pensant pas seul : il fonde avec d'autres confrères un groupe Balint, du nom de Michael Balint, psychiatre et psychanalyste d'origine hongroise, qui le premier introduisit cette méthode de réflexion collective sur l'expérience clinique. Loin de l'application mécanique et solitaire des techniques médicales, loin aussi des spéculations ignorantes de l'expérience de la souffrance et de la mort d'autrui, cette casuistique partagée répondait à son ambition de pratiquer un art médical réflexif qui fait au malade, et pas seulement à la maladie, toute la place qui est la sienne. Tous ceux qui eurent la chance d'être soignés par lui ont pu ou pourraient témoigner qu'il fût un thérapeute exceptionnel, engageant dans chaque acte médical toute son humanité et celle de son patient. Ce type de pratique n'est pas - c'est un euphémisme - de celles que favorise l'organisation de notre système de santé. Déçu par les conditions dans lesquelles il devait exercer la médecine générale, Yannick Butat traversa dans les années 80 une période d'interrogations et de réorientation. En 1987, il adhéra à l'ordre maçonnique Le Droit humain et devint un membre actif de la loge Guépin,dont il sera plus tard appelé à présider les travaux. Au plan professionnel, il se tourna d'abord vers la psychiatrie et la psychanalyse, avant de se consacrer à l'apprentissage de l'acupuncture, sous l'égide et l'influence du professeur Jean-Marc Kespi. Depuis toujours fin lettré, épris de musique, de philosophie et de peinture, il étendit alors ses connaissances à la culture chinoise. Avec quelques amis, il créa à la faculté de médecine de Nantes la première formation universitaire d'acupuncture, où il enseigna jusqu'en 2005, en même temps qu'il exerçait la médecine traditionnelle chinoise dans le cabinet qu'il avait ouvert en 1994, au 92 quai de la Fosse. C'est peu après qu'il eût cessé cette activité professionnelle qu'il a bien voulu se joindre à l'entreprise de l'Institut d'études avancées en qualité de membre correspondant. Avec Michel Cartry (disparu un an avant lui), Philippe Moullier et Augustin Emane, nous cherchions à créer les conditions d'un dialogue, non seulement entre « science médicale » et « sciences humaines », mais aussi entre savoirs médicaux du « nord » et du « sud ». D'emblée il accepta notre proposition et prit part aux toutes premiers activités de l'Institut. Participation trop brève mais qui a marqué profondément tous ceux qui, ne serait-ce qu'une fois, ont éprouvé l'attention chaleureuse, retenue et sensible, mélancolique mais pas désespérée, qu'il aura porté toute sa vie sur ses semblables.


Que Catherine Butat-Desjardins son épouse, ses enfants et ses petits-enfants, veuillent bien trouver ici le témoignage de notre peine et de notre sympathie.


Alain Supiot

Le 9 décembre 2009