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De quoi l'esclavage est-il le nom ?
25 June 2018
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De quoi l'esclavage est-il le nom ?

Du 25 au 28 juin au Château de Ducs de Bretagne

Université d'été du 25 au 28 juin 2018 au Château de Ducs de Bretagne.

L'université d'été "De quoi l'esclavage est-il le nom?" en partenariat avec l'université de Nantes et la Casa de Velazquez se déroulera au Château du 25 au 28 juin et interrogera l'usage qui a été fait à travers le temps, en fonction des lieux et des contextes, du mot "esclavage" autour des spécialistes des mondes africain, américain et européen en résidence à l'IEA de Nantes.

Dans le cadre de la « saison décoloniale », organisée au Musée d’histoire de Nantes du 28 avril à novembre 2018 et en partenariat avec les projets de recherche STARACO et SLAFNET et l’USR CIRESC, cette manifestation clôture le programme de recherche pluriannuel PRALT (PRAtiques de l’ALTérité). Elle s’organise autour de conférences grand public et de 4 ateliers thématiques pendant lesquels 20 jeunes chercheurs présenteront leurs recherches. Cet événement est l’occasion pour des spécialistes des mondes africains, américains et européens, en résidence à l’Institut d’études avancées de Nantes ou spécialement conviés à cette occasion, de réfléchir ensemble à la possibilité d’une autre histoire coloniale de la ville de Nantes.

Le mot « esclavage » montre aujourd’hui ses limites pour définir une réalité que l’on tend à définir comme universelle. La violence de la grande traite atlantique est un acte fondateur de l’esclavage dit moderne ; elle ne suffit pourtant pas à expliquer ce que fut et ce qu’est un esclave. Les recherches conduites depuis les années 1970 sur la traite et sur l’esclavage atlantiques ont entériné la figure de l’esclave marchandise, d’un esclave réduit au statut de victime passive d’un système esclavagiste capitaliste. La colonisation et le capitalisme atlantique ont constitué un temps particulier dans la construction de la figure du nègre, comme figure de l’homme aliéné et déshumanisé. Pourtant les expériences multiples des esclaves, les relations économiques et sociales complexes qui ont pu se nouer entre un maître et un esclave, la capacité de l’esclave à convoquer le droit pour assurer sa défense dans les régimes esclavagistes ou dans les sociétés à esclaves, à s’affranchir, à s’assurer une autonomie culturelle et économique montrent que l’esclavage ne peut être réduit à un modèle théorique. Il peut être expliqué par les modes de fonctionnement et de penser des sociétés passées ; des formes d’esclavage ont pu aussi être recréées dans le cadre de nouveaux systèmes économiques et sociaux, d’autres ont pu être oubliées ou ignorées. En Afrique, aux Amériques, en Europe comme au Maghreb ou au Proche-Orient, nombre d’esclaves ont été intégrés dans les sociétés tout en demeurant porteurs d’une condition d’incertitude : on pouvait à tout moment les ramener à leurs statuts, à leurs conditions, à leurs origines, à leur race. Cette condition d’incertitude était inscrite dans le fonctionnement des sociétés et des rapports humains, dans les représentations que l’on pouvait localement se faire de l’esclavage et de la liberté. Esclavage et liberté : ces deux notions n’ont eu cesse à travers le temps de se construire l’une avec l’autre, l’une contre l’autre.

Cette université d’été a ainsi pour ambition d’interroger l’usage qui a été fait à travers le temps et en fonction des lieux du mot « esclavage ». À bien des égards le terme esclavage apparaît aujourd’hui comme la catégorie la moins appropriée pour qualifier des situations, des pratiques et des représentations qui traversent les siècles, s’inscrivent dans la densité des terrains, des espaces et des tissus sociaux. Dans quelle mesure une lecture de l’esclavage à l’échelle, mais caractérisée par le refus du récit de la modernité occidentale, une relecture des sources coloniales et orales peuvent-elles offrir de nouvelles possibilités pour écrire une autre histoire, qui serait soucieuse de la singularité des expériences et des contextes ? Sous quelles conditions et selon quelles modalités la relocalisation de l’esclavage et de ces questionnements ouvrent-elles de nouvelles perspectives heuristiques ?

Coordination

António DE ALMEIDA MENDES, université de Nantes et IEA de Nantes ;

Krystel GUALDÉ, Château des Ducs de Bretagne ;

Participants

Parfait AKANA, université de Yaoundé II (Cameroun) et IEA de Nantes ;

Yaovi AKAKPO, université de Lomé (Togo) et IEA de Nantes ;

Marie-Pierre BALLARIN, Institut de recherche pour le développement et SLAFNET ;

Catherine COQUERY-VIDROVITCH, université Paris Diderot Paris 7 ;

Myriam COTTIAS, CNRS et CIRESC ;

Céline LABRUNE-BADIANE, université Paris Diderot Paris 7et IEA de Nantes ;

Abderrhamane N’GAIDÉ, université Cheick Anta Diop (Sénégal), IEA de Nantes et SLAFNET ;

Samuel NYANCHOGA, université catholique d’Afrique de l’est (Kenya), IEA de Nantes et SLAFNET ;

Felwine SARR, université Gaston Berger (Sénégal) et IEA de Nantes ;

Salah TRABELSI, université Lumière, Lyon 2 ;

Vijaya TEELOCK, université de l’île Maurice et SLAFNET ;

Ibrahima THIOUB, université Cheick Anta Diop (Sénégal) et IEA de Nantes.