Camille Flammarion "L’atmosphère: météorologie populaire" (Paris 1888) - illustration anonyme
La démarche de l’IEA de Nantes part du constat de l’impossibilité propre aux sciences humaines d’une séparation radicale du chercheur et de son objet. En raison de ce statut épistémologique particulier, le comparatisme, et le regard de l’autre sur sa propre culture et ses manières de penser, sont indispensables pour accéder à ce qui tient lieu d’objectivité dans la connaissance de l’humain. La méthode employée, à la minuscule échelle de cet Institut, consiste donc à tenter de rompre avec l’unilatéralisme, selon lequel les Lumières sont au nord et les ténèbres au sud, en créant les conditions d’un apprentissage mutuel.
Ce choix épistémologique, et l’accent mis sur le développement d’un nouveau style de relations intellectuelles entre chercheurs du nord et du sud, éclairent un second aspect de la politique scientifique de l’IEA de Nantes, qui consiste à privilégier les recherches relatives à l’armature dogmatique des sociétés, c’est-à-dire à tout ce qu’il y a d’indémontrable dans le sens que chaque société peut prêter à la vie humaine.
Les sociétés humaines ne sauraient en effet se soutenir sans mobiliser un certain nombre de croyances fondatrices, qui échappent à toute démonstration expérimentale et fondent leurs manières d’être et d’agir. La politique scientifique de l’Institut d’Etudes Avancées de Nantes vise à aider des savants de tous les continents à considérer ces systèmes dogmatiques d’un autre œil : non pas comme des restes d’irrationalité dans un monde destiné à devenir transparent et gérable, mais comme des supports indispensables à l’institution de la raison dans un monde destiné à demeurer divers et imprévisible.
Cette dimension dogmatique de la vie humaine se trouve notamment à l’œuvre dans les langues, le Droit, la religion ou l’esthétique, qui ont en commun de signifier un sens, un sens posé et non pas démontré. Elle concerne aussi la philosophie et la sociologie des sciences, ainsi que la médecine, en tant qu’elle est une science de l’homme et pas seulement une branche des sciences vétérinaires. La croyance selon laquelle il n’y aurait rien à connaître de l’homme qui ne puisse un jour être expliqué par la physique ou la chimie, est en effet elle-même un produit de la dogmatique occidentale et mérite d’être analysée comme telle. Au-delà des chercheurs en sciences humaines et sociales, la politique d’invitation de l’institut s’ouvre donc aux médecins et aux biologistes ainsi qu’aux artistes (musiciens, plasticiens, écrivains, cinéastes).