Mascaron - Façade de l’Ile Feydau, XVIIIe siècle, Nantes
Apparus dans les années trente aux Etats-Unis (Princeton), les Instituts d’Etudes Avancées se sont développés après-guerre en Europe (Berlin, Uppsala, Wassenaar, Budapest). Temporairement libérés de leurs obligations pédagogiques et administratives et plongés dans une petite communauté multidisciplinaire et internationale, les résidents de ces Instituts peuvent mener à bien leurs propres travaux dans un contexte propice à l’innovation et la créativité.
De ce point de vue la politique scientifique de l’IEA de Nantes ne diffère pas de celle des Institutes for Advanced Studies dits de première génération qui ont fait la preuve de leur efficacité aux Etats-Unis et dans différents pays d’Europe du Nord. Dans une organisation de la recherche de plus en plus marquée par la fragmentation du travail scientifique, la contrainte budgétaire et la programmation ex ante de l’activité des chercheurs, cette politique consiste à permettre aux meilleurs chercheurs de s’extraire provisoirement de leur cadre national, institutionnel et disciplinaire habituel pour mener à bien des projets qu’ils ont eux-mêmes programmés au sein d’une collectivité de chercheurs d’horizons géographique et disciplinaire différents. Propres à remettre en question les routines intellectuelles de leurs membres, les communautés de travail à durée limitée hébergées par l’IEA de Nantes sont conçues comme des pépinières de nouveaux réseaux de collaboration scientifique. Cet IEA n’a pas donc pas pour objectif d’offrir un hébergement et des ressources à des chercheurs qui viendraient travailler dans différentes équipes nantaises, mais bien de constituer en lui-même un lieu de recherche original qui contribue à retenir ou attirer en France des chercheurs talentueux et à ouvrir les chercheurs français à des questionnements et des contacts nouveaux. La réalisation de ces objectifs suppose tout d’abord une politique d’invitation subtile et réfléchie qui rende possible sans jamais les imposer des interactions fortes entre les résidents d’une même promotion annuelle. Elle suppose ensuite de favoriser l’établissement de liens féconds entre les chercheurs résidents et le tissu universitaire auprès duquel ils vivent temporairement.
Le Conseil national pour le développement des sciences de l’homme et de la société avait, dès 2001, préconisé la création d’un tel Institut en France. Jean-Marc Ayrault, Maire de Nantes et Président de Nantes Métropole, a été le premier à mettre en œuvre cette recommandation, avec le soutien financier de Veolia Eau. Cette initiative a reçu l’appui de l’Université de Nantes, de la Région des Pays de la Loire et de Suez Environnement. L’Institut de Nantes, fondation reconnue d’utilité publique par décret du 4 avril 2008, est, avec ceux dont la création est en cours à Paris , Lyon et Marseille , l’un des quatre membres du Réseau français des Instituts d’Études avancées, qui est l’un des treize « réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA)» créés par le Ministère de la recherche en 2006