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Conferences

Calendrier des conférences publiques 2010/2011

Les conférences ont lieu 5, allée Jacques Berque, dans l'amphithéâtre ou dans la salle de conférence B.

Mardi 12 octobre 2010, 18h00 - 20h00

"Catégories statistiques et normativité" 

Conférence de Alain DESROSIERES, administrateur de l'INSEE et membre du Centre Alexandre Koyré d'histoire des sciences.

La tension entre les dimensions descriptives et normatives a toujours été au cœur de la statistique, tout à la fois outil de gouvernement et outil de preuve. Michel Foucault associe, dans Naissance de la biopolitique, l'émergence de la statistique, au 18ème siècle, à un souci de gouverner les populations, distinct de l'exercice pur du pouvoir souverain. Mais il n'approfondit pas cette intuition.
Au 19ème siècle, normalité et normativité sont étroitement entremêlées dans les travaux de Quetelet sur "l'homme moyen", supposé à la fois normal et idéal. L'expression de "loi normale" pour désigner la "loi de Gauss" apparaît vers 1875 chez le statisticien allemand Lexis, à propos d'une supposée "durée normale de la vie" (Canguilhem reprend ces idées dans Le normal et le pathologique). A la fin du siècle les nouveaux outils de la "biométrie" de Galton et Pearson introduisent une autre normativité, celle de la doctrine eugéniste, qui vise à "améliorer" les corps humains et à "sélectionner les meilleurs", de même qu'on "améliore" les animaux domestiques.
Au 20ème siècle, l'évolution des outils statistiques accompagne les transformations du rôle "normal" de l'Etat, les indicateurs statistiques exprimant toujours à la fois une description du monde, des buts à atteindre, et la plus ou moins grande réussite des efforts pour atteindre ces buts. Les recherches sur l'histoire de la statistique ont attiré l'attention sur les relations entre catégories statistiques et droit, dans la mesure où le droit pré-formate les objets à quantifier, en les enserrant dans la normativité qui lui est propre. Ceci est d'ailleurs une des difficultés des "comparaisons internationales" et du "benchmarking", qui sont devenus des outils majeurs de la "gouvernance" des sociétés néo-libérales, comme le montrent la "Méthode ouverte de coordination" (MOC) européenne, ou les classements comme celui de Shanghai.

Mardi 19 octobre 2010, 18h00 - 20h00

"Peut-on construire une « religion nationale » ?"

Conférence de Roberte HAMAYON, Directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études (EPHE), dans la section Sciences religieuses (Religions de l'Asie septentrionale).

Construire une religion nationale fut, dès la chute de l'U.R.S.S., une préoccupation majeure de deux Républiques autonomes de Sibérie, la Yakoutie et la Bouriatie, qui ont eu une politique active à cet égard. Le problème, complexe, était inédit. Sous l'empire, l'Église orthodoxe avait christianisé les peuples sibériens. Puis le régime soviétique avait voulu déraciner toute forme d'institution et de pratique religieuse. Les changements de mode de vie, les migrations et les mélanges de populations avaient fait le reste : le communisme était devenu le seul repère.
Or voilà que, soudain, se révèlent possibles le retour aux traditions et l'affirmation identitaire. Ces deux Républiques où les Russes, majoritaires au gouvernement et dans la population, veulent prendre leur distance avec Moscou, y trouvent l'élan de déclarer leur souveraineté. Elles choisissent de se donner un support identitaire autochtone. La Yakoutie opte d'abord pour une forme de néo-traditionnalisme (en donnant des structures institutionnelles au chamanisme), la Bouriatie, pour une sorte d'utopie millénariste (en faisant du héros épique Geser, écho du Caesar romain, un emblème culturel, qui se confond bientôt avec Gengis Khan).
On retracera brièvement ces tentatives pour tenter de comprendre leur échec au-delà des raisons circonstancielles ; que faut-il pour bâtir une « religion nationale » ?

Mardi 26 octobre 2010, 18h00 - 20h00

"La présence de l'Empire russe en Palestine : Entre politique intérieure et stratégies internationales (1847-1917)."

Conférence de Elena ASTAFIEVA, chargée de conférences à l'EPHE.

La Russie impériale s'installe en Palestine, en 1847, à travers la création de la Mission ecclésiastique à Jérusalem. Cet événement s'inscrit dans un processus plus large d'investissement de la Palestine par les Grandes Puissances européennes, investissement défini dans l'historiographie comme "l'invention de la Terre sainte". Elle intervient après la guerre syro-égyptienne de 1839 et le premier projet d'internationalisation de Jérusalem sous l'égide des principales Puissances européennes. Cette invention de la Terre sainte apparaît aussi comme une réaction aux nouvelles idéologies séculières - libéralisme, socialisme, nationalisme -, qui menacent les valeurs religieuses des sociétés occidentales. C'est dans les années 1840 que la Terre sainte se transforme de "lieu céleste en lieu terrestre", et la Palestine, une périphérie arabe de l'Empire ottoman, mais le centre de trois religions, devient lieu de confrontation des intérêts religieux et géopolitiques des principaux pays européens, y compris l'Empire russe orthodoxe.

La présentation à l'Institut d'Etudes avancées de Nantes, fondée sur nos découvertes archivistiques en Russie, en France, au Vatican et en Italie, sera consacrée à l'analyse de deux questions principales :
- comment, l'installation de la Russie à l'extérieur de ses frontières, dans ce cas, en Palestine, est utilisée par le pouvoir dans sa politique intérieure de construction et de maintien de l'Empire ?
- et comment cet investissement massif - politique, religieux, culturel - de la Russie dans cette province de l'Empire ottoman, face à la France, la Grande-Bretagne, la Prusse/Allemagne, l'Autriche, renforce son statut de Grande Puissance au Proche-Orient, et encore plus en Europe ?

 

 

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